jeudi 16 février 2017

La grotte et les patates pourries

L'un des arguments des détracteurs de la transition (oui, il  y en a encore !) c'est de dire que la sobriété comme mode de vie, c'est terne, fade, triste.... Pour citer Rob Hopkins (qui est un peu le "monsieur Transition"), beaucoup de gens voient ce changement de mode de vie comme un retour vers le passé, où l'on vivrait dans des grottes et où l'on mangerait des patates pourries !
Moins d'objets dans la maison, de produits dans les frigos et les placards, moins d'écrans, de divertissements, de distractions et en définitive, moins de plaisir.
Notre famille de castors avancerait lentement mais sûrement vers une vie monacale et austère !

Franchement, est ce que j'ai une tête de Mormon ?! (C'est une question rhétorique pour les petits malins qui voudrait y répondre !).
Il n'y a jamais eu autant de rires, d'échanges, de chants, de musiques et de danses dans notre maison depuis que nous sommes pleinement entrés en transition.

Oui c'est vrai, la sobriété c'est moins. Moins d'objets possédés, moins de choses consommées. Mais c'est aussi moins de temps perdu dans les rayons des magasins et moins d'argent dépensé dans le superflu. Posséder peu mais des objets de qualité et emplis des souvenirs qu'on y met, des objets fabriqués avec amour et patience.

Côté alimentation, c'est également moins. Des quantités raisonnables mais suffisantes et qui n'empêchent absolument pas les bons gueuletons ! Un apéro aux petits fours maison, aux toasts, aux fromages locaux, c'est austère, franchement ? C'est surtout moins de pesticides, moins de graisses saturées, moins de sucres raffinés. Bref, moins d'aliments industriels bourrés de cochonneries. Une alimentation moindre certes mais plus saine et savoureuse !
Et puis ce mode de (dé)consommation basé principalement sur l'utile et le nécessaire c'est surtout beaucoup moins de déchets pour notre planète. 
On ne fera pas ici la leçon (mais un peu quand même) selon laquelle la sobriété semble être le seul mode de vie permettant à l'ensemble des être humain de vivre en harmonie et de manière respectueuse de la planète et des êtres qui y vivent, contrairement à une logique de consommation  et de croissance infinie.

Pour notre famille, la sobriété va au delà des seules considérations consuméristes.
La transition doit aussi être selon nous "intérieure", c'est une autre façon de penser et percevoir le monde, c'est comme l'écrit Pierre Rabhi, un changement de paradigme, un changement de mode de vie. Remettre le vivant, la terre, la nature, le partage, l'amour, au centre de nos préoccupations.

Ce nouveau mode de vie nous procure t-il moins de plaisirs ?

Oui c'est vrai, la sobriété, c'est une certaine rigueur. Comme tout changement profond, un changement de mode de vie implique des efforts...au début !
Chaque nouveau geste, chaque nouvel apprentissage demande un peu de temps et de "sérieux". Mais comme un coureur ou un méditant qui débute, ce sont les premières séances qui sont les plus difficiles. Passé les premiers temps de "mise en route", les gestes deviennent des habitudes et les apprentissages de réels plaisirs.
Le secret des castors ? Y aller pas à pas !

Sincèrement, il me semble que nous n'avons jamais été aussi bien dans nos têtes et nos corps que depuis que nous avançons vers la sobriété.
Nous ne sommes ni des bobos insouciants ni des utopistes écolos et nous sommes pleinement conscients des difficultés et des défis titanesques qui sont devant nous (et vous !). Pourtant, nous avançons le plus souvent de manière sereine et apaisée, en accord avec nos valeurs humanistes et écologiques. Et ça, ça fait un bien fou !!!

Et puis changer de mode de vie, c'est hyper enrichissant et porteur ! C'est un quotidien qu'il faut sans cesse réinventer. Ce sont de nouveaux projets, de nouveaux défis, c'est aussi s'approprier et faire évoluer des solutions déjà existantes. C'est un monde d'émulations constantes.
Tout cela, en plus de nourrir notre besoin d’héroïsme comme dirait Cyril Dion dans le chant des colibris, c'est autant de gestes utiles pour la planète.

Oui c'est vrai, seuls, nous ne sauverons certainement pas le Monde... Heureusement, la sobriété ouvre de nouveaux horizons et permet des rencontres nouvelles et enrichissantes. Depuis le début de notre transition, nous avons élargi notre cercle de connaissances et d'amis. Notre nouveau mode de vie nous offre le plaisir de partager des idées et de l’énergie avec ceux et celles qu'on respecte et qu'on aime. C'est le plaisir, sans prix, de passer plus de temps avec eux. Un temps plus constructif, un temps plus "sincère". 

"Insuffler de l'honnêteté, souffler de la joie, respirer de l'amitié,(...).
Insuffler de la confiance, souffler de l'espérance (...)."
                                                                                                                     Souffler - Tryo - Vent debout

La sobriété, en nous libérant de l'inutilité et du superflu, nous permet de profiter pleinement de l'Essentiel.
La sobriété, c'est l'inverse de l'austérité et pour nous comme pour beaucoup d'autres, notre sobriété est avant tout et surtout HEUREUSE !

6 commentaires:

  1. Bonjour,
    J'ai un peu de mal avec ce terme de sobriété heureuse. Oui, cent fois oui, la sobriété peut être heureuse MAIS seulement et seulement si c'est un choix. Hélas, dans notre pays (et ailleurs aussi) la sobriété est souvent une obligation, un mode de vie subit, un moyen de survivre. Beaucoup n'ont pas le choix et donc cette sobriété n'est pas un bonheur mais une contrainte, un poids. Ce n'est pas la sobriété en elles-mêmes qui est en cause,elle nous permet de retrouver les vraies valeurs c'est juste le fait de pouvoir faire ce choix. Alors pensons aussi à ceux qui aimeraient bien avoir le choix.
    Amicalement,
    Isa

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  2. Tout a fait d'accord avec ton point de vue sur le fait que la sobriété est un choix. Cependant, à mon sens, ce qui est subit, ce n'est pas la sobriété mais la pauvreté. La pauvreté est la résultante d'un ultracapitalisme qui laisse beaucoup de gens sur le carreau. La sobriété est un mode de vie qui est possible lorsque l'on est en dehors de la pauvreté mais pas uniquement, des hommes et des femmes pauvres financièrement ont fait le choix de la sobriété. Je pense également qu'aller vers la sobriété n'empêche pas la nécessaire lutte contre la pauvreté au contraire. Au delà de l'aspect pécuniaire, qui ne doit jamais être mis de côté, c'est un état d'esprit global. C'est dans cette acception que la sobriété peut être selon nous heureuse. Oui, tu as parfaitement,raison, pensons à ceux qui aimeraient avoir le choix et surtout, luttons pour qu'ils puissent l'avoir !

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  3. Très bel article sur la sobriété heureuse !

    C'est vrai que se diriger vers la sobriété heureuse, c'est être plus serein, mieux dans son corps et dans sa tête.

    "Vivre plus simplement pour que d'autres puissent simplement vivre"

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    1. Oui, je pense également que vivre avec moins permets de mieux partager.

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  4. Christelle cis.3 mars 2017 à 13:11

    Merci pour cet article qui remet les idées en place :)Je suis issue d'un milieu modeste qui a toujours fonctionné en mode économies et survie et qui trouve effectivement que la tendance actuelle du minimalisme,de sobriété et de simplicité volontaire est un retour en arrière, une régression....Avec mon ex-conjoint qui était un compulsif d'achats j'ai vécu la surconsommation dans ses extrêmes. Quand je me suis retrouvée seule avec mes 2 enfants et avec peu de ressources je me suis retrouvée dans un mode de vie de survie, d'économies et voir plus parfois. J'aurai pu effectivement subir ce nouveau mode de vie et me lamenter sur la perte, sur le manque, et osons le dire la pauvreté mais au contraire ayant goûté aux 2 modes de vie les plus opposés je me suis retrouvée dans celui qui était le plus dépouillé. J'ai renoué avec mes racines familiales, le système d, le fait maison, l'achat d'occasion, le partage....qui en plus de me faire faire des économies m'a reconnecté avec la simplicité et les valeurs de mon enfance. Cette sobriété qui aurait pu être une fatalité est devenue un choix de vie. Pour moi sobriété rime avec bonheur et non austérité. Tout est une question de perception, de sensation, de ressenti, d'émotion.

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    1. Merci de votre témoignage Christelle. Comme vous, je pense qu'on peut avoir peu de moyen et vivre sobrement tout en étant heureux, même si c'est plus facile pour moi de le dire, ma famille n'ayant jamais connu de problèmes financiers. Il faut évidemment que les besoins élémentaires, vitaux (manger, se loger dignement, avoir des liens sociaux)soient pourvus. Mais dès lors, la sobriété peut être un choix et peut nous conduire vers le bonheur.

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